Les incendies de cet été ont été au cœur de l’actualité. Pour autant, ils représentent 0,68% seulement de la forêt française. Si le réchauffement climatique et les sécheresses éventuelles aggravent le risque et ses conséquences, on peut donc relativiser la portée. Afin d’aller au bout du sujet, nous avons interrogé quatre sociétés de gestion sur les moyens d’anticiper ces risques et d’accompagner la reconstitution des forêts après un sinistre.
Après un incendie, une forêt entre dans un nouveau cycle de gestion
Un incendie ne signifie pas nécessairement la disparition totale de la valeur d’une forêt mais il faudra évaluer précisément les conséquences du sinistre : état des sols, arbres survivants, volume de bois récupérable, potentiel de régénération naturelle et coûts de remise en état.
France Valley rappelle que les bois sinistrés peuvent être récoltés puis commercialisés, leurs propriétés techniques n’étant pas nécessairement supprimées par l’incendie. Sogenial souligne également cette possibilité et cite notamment le cas de la forêt de Lacanau, située à proximité d’une usine de carbonisation produisant du charbon de bois pour les particuliers.
La régénération naturelle constitue la suite d’un sinistre, Sogenial privilégie ainsi une période d’observation de deux à trois ans afin de mesurer la capacité de la forêt à se reconstituer naturellement.
Un reboisement peut aussi être envisagé, cela peut également être l’occasion de repenser la composition du peuplement. France Valley indique ainsi diversifier les essences lorsque les plantations dépassent deux hectares.
Une valeur qui évolue au fil de la reconstitution
Après l’incendie, la valeur du peuplement sur pied est fortement dépréciée. Sogenial évoque ainsi une « valeur de sauvegarde » déterminée notamment en fonction du volume de bois pouvant encore être extrait et de son prix de marché.
Pour France Valley, la valeur de la parcelle repose notamment sur celle du sol nu, à laquelle s’ajoutent progressivement la valeur des plantations réalisées et celle de la chasse, correspondant à l’actualisation des revenus futurs.
La prévention reste au cœur de la gestion du risque
La prévention et la capacité à intervenir rapidement constituent des éléments essentiels de la gestion forestière. Seeds Invest, avec l’appui de La Forestière, déploie ainsi différents dispositifs : réseaux de routes et de pistes forestières permettant aux secours d’accéder aux parcelles et réseaux de points d’eau permettant l’approvisionnement des pompiers.
Seeds Invest souligne l’importance de maintenir des relations étroites avec la DFCI et les SDIS, notamment en leur permettant de réaliser des exercices d’entraînement sur les forêts gérées.
Assurance : un rôle important
Seeds Invest recommande de couvrir les patrimoines forestiers à la fois en responsabilité civile et en dommages. La valeur de sauvegarde des arbres adultes pouvant être supérieure à celle de jeunes peuplements après un sinistre, ce qui vient caractériser le niveau de prime.
Les forêts de France Valley sont ainsi couvertes contre le risque incendie, avec pour objectif notamment de prendre en charge le coût des plantations à réaliser après un sinistre.
Un impact également à considérer sur la faune et la chasse
Ces sinistres ne signifient pas une disparition durable de la faune, notamment grâce aux jeunes pousses qui apparaissent dès la première année de végétation favorisent une recolonisation des parcelles. D’après Fiducial gérance, dans certain secteur, une période sans droit de chasse pouvant aller d’un à deux ans est envisageable lorsque les surfaces sinistrées dépassent 500 hectares. Sogenial rappelle que le préfet dispose de pouvoirs permettant de suspendre la chasse, tandis que les fédérations de chasse et l’Office français de la biodiversité peuvent adapter les mesures de gestion en fonction des circonstances.
Les conséquences carbone appréciées au cas par cas
Un incendie ne signifie pas nécessairement que toute démarche carbone est définitivement remise en cause. Fiducial Gérance considère notamment que les crédits carbone peuvent être conservés sous réserve que les parcelles concernées soient reboisées. Plus largement, l’impact carbone doit être évalué en fonction de la biomasse détruite, des arbres survivants et de la capacité de la parcelle à se régénérer ou à être reboisée.
Acheter une forêt brûlée : une opportunité qui nécessite une analyse renforcée
Sogenial considère que l’achat d’une forêt brulée devrait intégrer de nombreux paramètres tels que la qualité des sols, le potentiel de régénération, la diversification des essences. À ce jour, Sogenial n’envisage toutefois pas ce type d’acquisition pour son GFI.
Fiducial Gérance privilégie pour sa part une approche permettant de conserver un équilibre financier entre les parcelles sinistrées et les revenus issus des coupes de bois, en évoquant notamment le cas d’une zone incendiée représentant au maximum 10 % de la forêt acquise.
Un risque réel, mais qui s’inscrit dans une gestion de long terme
Les incendies constituent aujourd’hui un risque que les investisseurs forestiers ne peuvent plus ignorer. Pour autant, les échanges menés par Porte-Feuille et Savinianne avec les sociétés de gestion montrent également qu’un sinistre ne signifie pas nécessairement la disparition de la valeur d’un patrimoine forestier.
La diversification des forêts, des territoires et des essences permet également de mutualiser ce risque. Ainsi, si le risque zéro n’existe pas, la capacité d’un GFI à anticiper, prévenir et accompagner la reconstitution des massifs constitue un élément essentiel de sa gestion sur le long terme.


